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La liturgie de la Parole de cette messe dominicale de carême nous révèle la patience de Dieu. Elle est en même temps un vibrant appel à la conversion, appel qu’il nous est important d’accueillir alors que nous sommes en marche vers Pâques. Moïse avait été élevé à la cour du souverain égyptien Pharaon et il s’était rendu compte des mauvais traitements infligés au peuple hébreu par les égyptiens. Un jour, il avait même pris la défense d’un hébreu en tuant un égyptien. Il avait alors été obligé de fuir. Renonçant à défendre ses compatriotes, il avait trouvé refuge hors de l’Égypte, au pays de Madiane, où il s’était marié. Il était devenu berger, gardant le troupeau de son beau-père Jéthro. C’est dans cette situation que Dieu se manifeste à lui. Il l’appelle du sein d’un mystérieux buisson qui brûle sans se consumer. Dieu est le Dieu très saint, un Dieu sur lequel l’homme n’a aucune prise, un Dieu que l’homme ne peut voir, qu’il ne peut toucher, le Dieu Tout Autre : « N’approche pas d’ici ! Retire tes sandales, car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte ! » ! Ce Dieu, c’est le Dieu Vivant. Il appelle Moïse par son nom, il intervient dans sa vie comme il avait appelé ses ancêtres et fait alliance avec eux : « Je Suis le Dieu de ton père, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob.
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Ce Dieu est attentif à la souffrance, à la détresse de son peuple opprimé par les égyptiens : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des égyptiens. » Mais Dieu ne veut pas agir tout seul, comme d’un coup de baguette magique. Pour délivrer son peuple, il veut avoir besoin des hommes, il fait appel à Moïse : « Maintenant, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël ».
Autrefois, Moïse avait bien essayé de délivrer son peuple, mais il n’y était pas arrivé avec ses seules forces humaines, et il avait renoncé. Maintenant, c’est Dieu qui l’envoie. Et Moïse accepte la mission confiée. Il était berger du troupeau de Jéthro. Il va devenir le berger du peuple d’Israël pour le conduire au nom de Dieu, le libérer de l’esclavage de l’Égypte et le guider vers la Terre promise Conversion de Moïse : il ne quitte pas le mal pour le bien, mais il quitte une vie tranquille pour une mission difficile, dangereuse, qui ne lui laissera pas de repos. Il fait confiance au Dieu qui s’est manifesté à lui et qui va l’accompagner jour après jour dans sa mission : « Je Suis celui qui Suis…Yahvé, le Seigneur… »
L’Évangile a pour point de départ un fait divers tragique : des pèlerins étaient venus de Galilée à Jérusalem pour offrir un sacrifice au Temple. Ils avaient sans doute créé de l’agitation et Pilate, qui avait des méthodes de gouvernement très brutales, les avait fait massacrer. Face à un tel malheur, certains juifs devaient penser que ces morts tragiques étaient la conséquence de leur péché : « C’est Dieu qui les punit ; s’ils sont ainsi massacrés, c’est qu’ils ont sur la conscience quelque lourd péché ». Jésus refuse d’entrer dans un tel raisonnement : ce malheur n’est pas une punition, mais il faut s’en servir comme d’un signe. C’est un appel, un rappel : la vie est fragile, mortelle. L’homme est pécheur. De telles morts sont un appel pressant à la conversion : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez comme eux. » Et Jésus évoque un autre fait divers, l’écroulement d’une tour qui avait causé la mort de dix huit personnes. Cette fois-ci, les victimes ne sont plus des provinciaux ruraux venus de Galilée, mais des citadins de Jérusalem, des judéens. Tous, qu’ils soient galiléens ou habitants de Jérusalem, tous sont appelés à la conversion. Les malheurs, les drames, ne sont pas la conséquence d’un péché précis, ils ne sont pas un châtiment. Par contre, Jésus invite tous ses auditeurs à lire ces événements comme un appel pressant à la conversion. Mais, en même temps, Dieu est un Dieu patient.
Inlassablement il renouvelle cet appel à la conversion pour que l’homme porte du fruit à ses yeux. Il est comme le vigneron de la parabole : ce vigneron ne se résigne pas à voir son figuier demeurer stérile ; au lieu de le couper, le vigneron continue à espérer dans son figuier, il lui laisse du temps… Oui, tel est notre Dieu : il désire ardemment que tous se convertissent sans retard. Il désire qu’ils répondent, par leur amour, à son amour premier. Mais il est aussi infiniment patient envers les pécheurs. Il leur accorde un délai de grâce. Il se refuse à désespérer de quiconque. Peut-être pensons-nous que cet appel à la conversion ne nous concerne pas : nous menons une vie honnête, nous essayons de vivre dans la fidélité à Dieu…
Alors, n’oublions pas le message de la seconde lecture. Les nouveaux chrétiens de Corinthe avaient été baptisés, ils avaient été abreuvés à la source de l’Esprit et ils pensaient que tout allaient bien comme cela. Non, leur dit Paul, ne vous croyez pas trop vite arrivés. Souvenez-vous du peuple d’Israël : Dieu les avait libérés de l’esclavage de l’Égypte. Pendant leur marche au désert, Dieu les avait accompagnés, il les avait nourris de la manne, préfiguration de l’eucharistie, il les avait fait passer à travers l’eau de la mer Rouge, il les avait abreuvés alors qu’ils étaient assoiffés et tout cela préparait le baptême chrétien. Ils s’étaient crus forts, incapables de tomber, Et, pourtant, ils avaient succombé aux tentations du désert, ils s’étaient montrés infidèles à Dieu. Tout cela doit servir d’exemple aux chrétiens de Corinthe et à nous après eux. Il ne suffit pas d’être baptisés, il ne suffit pas de participer à l’eucharistie.
La vie chrétienne exige la vigilance, elle exige un combat permanent pour résister au mal, pour aimer davantage. « Celui qui se croit solide, dit Paul, qu’il fasse attention à ne pas tomber. » En ce temps de carême, accueillons donc l’appel pressant du Seigneur à la conversion. Chacun d’entre nous est appelé à aimer davantage, à aimer mieux.
Dans un mois, ce sera Pâques. Nous revivrons alors notre baptême. Profitons de ces semaines pour nous ouvrir de plus en plus à l’amour du Seigneur dans tout ce qui fait notre existence quotidienne.
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