Notre Dame de la Couture | Cathédrale du Mans

2ème Dimanche de l’Avent

Préparez les chemins du Seigneur

2e dimanche de l’Avent : que devons-nous faire pour préparer les chemins du Seigneur? Le Père Marcel Domergue, jésuite, nous invite à accueillir Jésus en toute liberté.

Que peut bien signifier cette injonction ? De toute façon, elle est de prime abord inquiétante. On a l’air de nous dire que Dieu ne vient nous rejoindre que si nous sommes dorés sur tranche, repentants, convertis : faisons le vide, évacuant de nos vies tout ce qui est suspect ou inutile. Dans ces conditions, nous avons du mal à comprendre que Dieu, dans et par le Christ, est «sauveur», qu’il vient porter et enlever le péché du monde. Si nous avons fait d’avance tout le travail de nettoyage et de mise en ordre, nous n’avons plus besoin de lui ! Peut-être «préparer ses chemins» consiste-t-il justement à prendre acte du fait que nous ne sommes pas à la hauteur, que nous ne pouvons pas nous sortir tout seuls de nos ambiguïtés, voire de nos perversions, en tout cas de nos erreurs. En fin de compte, ou nous faisons ce constat et prenons au sérieux nos insuffisances, ou cela ne nous intéresse pas et nous ne nous interrogeons pas sur nos accidents de parcours. Dans ce dernier cas, il n’y a pas en nous de chemin pour Dieu. Refusant de nous voir tels que nous sommes, individuellement et tous ensemble, nous ne sommes pas dans notre vérité : nous ne sommes pas là. Dieu ne peut pas nous rejoindre parce que nous nous déclarons absents, absents de nous-mêmes tels que nous sommes. La première tâche qui nous est proposée en ce temps de l’Avent est de nous découvrir nous-mêmes. Nous découvrir à tous les sens du mot : renonçons à nos couvertures, à nos écrans, à nos écrins.

Le temps de l’espérance

Cela ne doit pas se faire dans les larmes, la mauvaise conscience dépressive, la douloureuse sévérité d’un jugement auquel d’ailleurs nous n’avons pas droit : «Je ne me juge pas moi-même», dit Paul en 1 Corinthiens 4,3. Contentons-nous de constater et de confier ce que nous sommes à celui qui, sans cesse, vient à nous dans la bienveillance et même la tendresse. La conversion, c’est cela. Le mot signifie «se retourner». Tourner son regard vers le Christ annoncé. Quand on demande à Jean Baptiste ce qu’il faut faire, il se contente de consignes négatives inspirées du Décalogue : n’exigez rien au-delà de ce qui vous est dû, ne molestez personne… (Luc 3,14). Il ne s’agit donc pas de «faire pénitence», mais plutôt de se mettre en état d’ouverture et d’attente. Encore une fois, cette attitude n’est pas réservée au temps de l’Avent. Ce mois attire notre attention sur une dimension permanente de notre vie de foi. Tout cela doit se vivre dans la joie. L’attente du Christ est souvent comparée à celle de la venue de l’époux. Le grand obstacle qu’il faut éliminer pour préparer le chemin, c’est la défiance, mère de la peur. Cette défiance fondamentale, vis-à-vis d’un Dieu que nous avons tellement de mal à reconnaître Amour, entraîne la défiance envers la vie et ce qu’elle peut apporter ou enlever. En fin de compte, elle est défiance envers la mort. Le temps de l’Avent est temps de l’espérance.

La part de l’homme

On peut se demander pourquoi nous avons à «tourner notre regard vers celui qui vient» et pourquoi cela est indispensable. Pourquoi devons-nous aplanir le chemin ? Pourquoi Dieu, source de tout ce qui existe, ne vient-il pas en quelque sorte d’autorité pour nous façonner selon sa ressemblance sans passer par l’incertitude de nos bonnes et mauvaises volontés ? La réponse a souvent été donnée : si Dieu nous faisait bons sans faire appel à notre liberté nous ne serions pas images de ce Dieu qui est parfaitement libre. Comme on l’a dit, il crée un monde et un homme créateurs. Enfants de Dieu nous ressemblons à notre père-mère. Dieu n’est pas ce qu’il est malgré lui, il est, si l’on peut dire, le fruit de sa propre liberté. Autre manière de dire : nous ne sommes qu’en étant partenaires d’une Alliance. Être, pour nous c’est être alliés. Normal puisque le Dieu dont nous sortons est en lui même relations (Père, Fils, Esprit). Voilà pourquoi nous avons à préparer le chemin du Seigneur : il vient vers nous et nous allons vers lui. N’ayons pas peur de ne pas en faire assez pour cela : qui dit liberté dit choix. Il nous suffit de choisir ce que nous suggère Jean-Baptiste, c’est à dire de nous tourner, de nous retourner vers celui qui vient. Le reste nous sera donné. Au fond, il s’agit de nous ouvrir, de nous désenclaver pour un accueil qui reçoit celui qui est Tout. Ajoutons cependant que cet accueil du Christ se vit à travers l’accueil des autres, de leurs besoins, de leurs souffrances.

Père Marcel Domergue

 

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